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Peter
Sloterdijk - Pour un anticapitalisme des patrons
Le philosophe allemand mise sur les chefs d'entreprise pour lutter
contre l'empire de la finance et créer une société
plus juste.
WirtschaftsWoche, Düsseldorf (extraits)
La pensée entrepreneuriale doit, selon vous, sauver l'Etat
social ?
PETER SLOTERDIJK: Oui, le chef d'entreprise redevient aujourd'hui
un symbole d'espoir. Sans un mouvement patronal approprié,
tout comme il y a eu autrefois un mouvement ouvrier, l'économie
ne peut plus se prétendre adaptée à la société.
Alors, quel est le message ?
"Patrons de tous les pays, unissez-vous", quoi d'autre
? Seuls les chefs d'entreprise sont actuellement à même
de représenter de façon crédible les intérêts
de l'industrie et des services, secteurs qui créent véritablement
de la valeur, face à la superstructure fantomatique des finances
et de la spéculation. Seul un mouvement patronal peut articuler
l'anticapitalisme tel que cela serait nécessaire aujourd'hui.
Ce qu'il nous faut, c'est un anticapitalisme du patronat.
Un patron en tant qu'alternative à la déformation
caricaturale de la mondialisation, des flux monétaires qui
circulent de manière anonyme dans le monde entier ? Les chefs
d'entreprise doivent démontrer que le libre-échange
repose sur l'activité économique, et non sur la dictature
de quelques rois de la loterie. Vous comprenez ? Tout est là.
C'est en cela que les patrons représentent la social-démocratie
de demain.
Pardon ?
C'est évident. Certes, les chefs d'entreprise se qualifient
encore eux-mêmes de néolibéraux. Mais, au fil
des années, cela se révèle totalement faux,
car, en dernière instance, ils ne peuvent que se justifier
comme producteurs de création d'une valeur qui sert alors
l'autre versant de la redistribution.
Si bien que c'est l'économie elle-même qui stabilise
la société ?
Exactement. Nous disposons de trois mécanismes de redistribution
: l'impôt, la Bourse et les fondations. Il faut qu'il y ait
redistribution. Sinon, l'existence de l'Etat et les lois régissant
la société sont en danger, car elles n'ont pas suffisamment
de fondements. En dehors du premier espace de la redistribution,
disons du "social-démocratisme", qui devient à
la longue de moins en moins convaincant, l'économie a développé
un deuxième espace, le système de l'actionnariat.
En d'autres termes, le capitalisme d'actionnariat à côté
de la redistribution par l'Etat. Et quel est le troisième
espace ?
J'utilise le concept d'impôt subjectif. Il en existe de beaux
exemples dans le monde anglo-saxon, où le "gentleman
capitalisme" a une certaine tradition. La force du calvinisme
fut d'avoir favorisé l'avènement d'un type d'homme
prêt, en tant que gentleman chrétien et capitaliste,
à gagner 5 millions de livres, pour ensuite, en tant que
membre de la société civile chrétienne, en
reverser 4 millions aux fondations. Nous devons reconsidérer
la formation culturelle de nos riches et leur expliquer qu'être
riche ne peut suffire. Que la vie ne se justifie que par la générosité.
Propos recueillis par Klaus Methfessel et Christian Ramthun
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