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"Ce que l’on appelle la fin du monde désigne,
structurellement, la mort d’une sphère.
Son cas critique, à petite échelle, est la séparation
des amants, le logement vide, la photo déchirée.
Sa forme globale apparaît sous la forme de la mort
culturelle, celle de la ville calcinée, du langage éteint."


Peter Sloterdijk, Un nouvel espace philosophique

Propos recueillis par Hans-Jürgen Heinrichs



Peter Sloterdijk, philosophe, écrivain, essayiste et professeur de philosophie et esthétique à Karlsruhe et Vienne, né en 1947, formé à l'école de la phénoménologie, de l'existentialisme et de la théorie critique, est sans doute aujourd'hui le penseur allemand le plus innovateur et le plus expressif. Comparable, par la radicalité de sa pensée et de sa création d'un discours poétique " flottant ", seulement à Nietzsche et Bataille, familier de la philosophie et de la poésie françaises, qu'il s'agisse de celle de Bachelard ou de celle de Michaux, il a fait sauter le cadre de la philosophie académique. Avec la Critique de raison cynique (traduite dans toutes les langues et constituant sans aucun doute un des plus grands succès d'une œuvre philosophique), en passant par le Matérialisme de Nietzsche, L'Eurotaoïsme, Dans le même bateau, jusqu'à sa trilogie Sphères, dont les deux premiers tomes viennent de paraître en Allemagne, Sloterdijk a cherché à établir une nouvelle pensée : une théorie de la révolution et des analyses tant sociologiques que culturelles intégrées à ce qu'il appelle la " microsphérologie ", c'est-à-dire l'interprétation de relations symbiotiques individuelles.

Fasciné qu'il est par les métamorphoses, les sphères et les processus morphologiques, ainsi que par la constellation espace-temps (avec l'accentuation de l'espace), il cherche à réinterpréter toute l'histoire européenne comme un refoulement du En-moi et des expériences et relations de proximité. En-moi et sens-intérieur forment des relations fortes qui à leur tour déterminent le noyau de la " microsphérologie ". Ces atmosphères originaires fondamentales influent sur tout passage vers des domaines plus importants, les contacts extérieurs, les réseaux sociaux et techniques ainsi que vers les systèmes. Les métamorphoses humaines qui ont survécu aux différentes cultures et qui ont conduit au fil de l'histoire aux macrosphères sollicitent tout particulièrement la réflexion de Sloterdijk.

A partir de là il devient possible d'élargir la connaissance que " toute l'histoire est l'histoire de relations psychiques animées " au plan du développement macrosphérique et social-révolutionnaire : " En vérité, toute histoire est l'histoire de luttes visant à l'extension des sphères. "

Dans ces réflexions fascinantes, marquées autant par la philosophie, la culture, l'histoire et l'art que par l'expérimentation de la littérature, Sloterdijk décrit la formation des cultures dans le champ sous tension de la mort, de l'envie et du mal ainsi que la consolidation des groupes par exclusion rituelle du mal. Les sociétés se constituent dans ce champ de l'inclusion et de l'exclusion grâce à des rites pleins d'une violence contenue qui, à partir d'un espace complexe (bien et mal), doivent produire un espace homogène contrôlé d'êtres bons.
Ce qui détermine le processus de l'investigation de Sloterdijk est la compréhension de la terre comme une sphère animée, dans le sens propre, habitée par les hommes, par les êtres en général. Quand bien même elle est " parsemée " de millions d'habitations étrangères, sa première propriété est de nous héberger, de nous offrir un " quartier cosmique ". La sphère se révèle ainsi comme le " sens de l'être ". Considérée sous cet angle, une thérapie comme la psychanalyse s'avère être une tentative de guérison de relations spatiales, d'un " sens favorable du sens intérieur ".

La tâche de cette " macrosphérologie " ou poétique politique de l'espace, telle que Sloterdijk tente de l'accomplir aujourd'hui, est la reconstruction de processus de transfert et d'extension : comment, dans les Etats, royaumes et mondes, ont pu être créées des formes vivables d'" habitation " ? Et qu'en est-il de ce désir existentiel dans le processus de la mondialisation et de la dissolution des Etats nationaux et des " salles de séjour nationales " ?

Le texte intégral de l'entretien avec Peter Sloterdijk est publié dans le magazine littéraire n° 379 -septembre 1999


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